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Published 9 août 2026

Maison de retraite : qui paye vraiment quand les économies des parents ne suffisent plus ?

Le courrier tombe et le montant fait tourner la tête : 2 200, parfois 3 000 euros par mois pour une chambre en EHPAD. La pension […]

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Le courrier tombe et le montant fait tourner la tête : 2 200, parfois 3 000 euros par mois pour une chambre en EHPAD. La pension du parent ne couvre qu’une partie. Les économies s’épuisent. Et là, une question surgit dans toutes les fratries : qui va payer la différence ?

La réponse tient en un mot : l’obligation alimentaire. Le Code civil impose aux enfants, et parfois aux petits-enfants, de participer financièrement à l’entretien d’un parent qui ne peut plus subvenir à ses besoins. Si cette solidarité familiale ne suffit pas, l’Aide Sociale à l’Hébergement prend le relais, mais elle sera récupérée plus tard sur la succession.

L’obligation alimentaire : qui est légalement tenu de payer l’EHPAD ?

L’article 205 du Code civil est clair : les enfants doivent des aliments à leurs parents et grands-parents dans le besoin. Concrètement, cela signifie que si le reste à charge en maison de retraite dépasse les ressources du parent, ses descendants peuvent être sollicités pour combler la différence.

Cette obligation ne concerne pas uniquement les enfants directs. Les gendres et belles-filles y sont soumis tant que le mariage avec l’enfant n’a pas été rompu, et surtout, les petits-enfants entrent aussi dans le cercle des obligés alimentaires lorsque les enfants ne peuvent eux-mêmes pas assumer la charge. Le conjoint survivant, lui, reste prioritairement responsable avant même les enfants, dans la mesure de ses propres moyens.

L’ordre logique est donc : d’abord le conjoint du parent hébergé, puis les enfants, puis à défaut les petits-enfants (à mettre en parallèle avec la tutelle et curatelle quand un parent ne peut plus gérer son argent, une autre situation fréquente en cas de perte d’autonomie). Chacun est sollicité selon ses capacités financières réelles, pas selon un montant fixe imposé d’office.

Comment se calcule concrètement le reste à charge et la part de chaque enfant ?

Le tarif d’un établissement habilité se décompose en trois volets : le tarif hébergement (chambre, restauration, entretien), le tarif dépendance (lié au niveau de perte d’autonomie mesuré par la grille AGGIR) et le tarif soins, pris en charge par l’Assurance maladie. L’APA (Allocation Personnalisée d’Autonomie) vient réduire le tarif dépendance selon les revenus du résident, mais elle ne touche jamais au tarif hébergement.

Le reste à charge correspond donc à ce qui subsiste une fois déduits la pension, l’APA et les éventuelles aides au logement. Si les ressources du parent ne suffisent pas, le conseil départemental établit un calcul de la participation demandée à chaque obligé alimentaire, en tenant compte des revenus, des charges (crédit immobilier, enfants à charge) et du patrimoine de chacun.

Prenons un exemple concret. Madame Diallo, veuve, entre en EHPAD avec un reste à charge de 900 euros par mois après déduction de sa pension et de l’APA. Elle a deux enfants : Karim, cadre avec 3 500 euros de revenus nets mensuels, et Léa, aide-soignante à temps partiel avec 1 400 euros. La répartition entre enfants n’est pas égalitaire : elle est proportionnelle aux capacités contributives. Karim pourrait ainsi se voir demander 650 euros, Léa seulement 250 euros, voire une dispense partielle si ses charges sont lourdes.

ÉlémentDétail
Tarif hébergementChambre, restauration, entretien (jamais couvert par l’APA)
Tarif dépendanceRéduit par l’APA selon le niveau GIR et les revenus
Reste à chargeMontant restant après pension, APA et aides logement
Participation des enfantsCalculée selon revenus, charges et patrimoine de chacun

L’Aide Sociale à l’Hébergement (ASH) : le filet de sécurité quand personne ne peut payer

Personne âgée signant documents administratifs aide sociale

Quand ni le résident ni sa famille ne peuvent couvrir les frais, l’Aide Sociale à l’Hébergement intervient. Versée par le département, elle prend en charge la partie du tarif hébergement qui reste impayée, à condition que l’établissement soit habilité à l’aide sociale et que le résident réside en France de façon stable et régulière.

Conditions d’éligibilité et démarches

La demande se dépose auprès du Centre Communal d’Action Sociale (CCAS) de la commune de résidence, avec un dossier détaillant les ressources du demandeur et de ses obligés alimentaires. Le conseil départemental instruit le dossier et fixe la participation de chaque enfant avant de calculer le montant de l’ASH. En cas de désaccord sur les sommes réclamées, le tribunal judiciaire, qui a remplacé le tribunal des affaires familiales pour ces litiges, peut être saisi.

Récupération sur succession : ce qu’il faut savoir

L’ASH n’est pas un don définitif. Le département la récupère au décès du bénéficiaire, sur sa succession, dans la limite de l’actif net laissé. Cette récupération peut aussi s’exercer si le patrimoine du bénéficiaire revient à s’améliorer de son vivant, par exemple via une donation. C’est un point souvent mal compris : les héritiers découvrent parfois que le département vient prélever une créance avant tout partage.

Ce que dit la loi sur la donation antérieure
Si le parent a fait une donation aux enfants dans les dix ans précédant la demande d’ASH, le département peut demander la révision, voire la révocation de cette donation pour couvrir les frais d’hébergement. C’est un point à anticiper avant toute transmission de patrimoine, en gardant en tête les règles sur le montant à donner à ses enfants sans payer d’impôt en 2026.

Peut-on légalement refuser de payer la maison de retraite de ses parents ?

Oui, dans certains cas précis. La dispense d’obligation alimentaire existe et repose sur trois motifs principaux reconnus par les tribunaux. Le premier est l’abandon de famille : si le parent a manqué gravement à ses devoirs (désintérêt total, absence de contact durant l’enfance), l’enfant peut demander à être déchargé de son obligation, sur présentation de preuves concrètes.

Le deuxième motif concerne l’adoption simple : l’enfant adopté simple n’est pas tenu envers les parents de l’adoptant s’il n’a pas été élevé par eux durant au moins cinq ans avant sa majorité. Le troisième cas, plus rare mais reconnu par la jurisprudence récente, vise les situations de violences avérées, physiques ou psychologiques, subies par l’enfant de la part du parent hébergé.

Refuser sans motif légal expose à des poursuites : le département ou l’établissement peut saisir le juge pour faire fixer une contribution d’office. Le simple désaccord familial ou l’éloignement affectif ne constitue pas, à lui seul, un motif valable de refus.

Comment déclarer la pension alimentaire versée et réduire ses impôts ?

Documents fiscaux et relevés bancaires montrant versements pension alimentaire

La bonne nouvelle, c’est que les sommes versées au titre de cette solidarité familiale ouvrent droit à une déduction fiscale. La pension alimentaire versée pour l’entretien d’un parent en EHPAD est déductible du revenu imposable de l’enfant, sans plafond, à condition de pouvoir justifier des versements et de l’état de besoin du parent.

Il suffit de reporter le montant total versé sur l’année dans la case dédiée de la déclaration de revenus, en conservant les justificatifs (factures de l’établissement, virements). En contrepartie, le parent bénéficiaire n’a pas à déclarer ces sommes comme un revenu imposable, puisqu’elles relèvent d’une obligation légale et non d’un don.

Cette déduction allège sensiblement la charge fiscale des enfants qui contribuent, et elle mérite d’être anticipée dès la mise en place du plan de financement avec l’établissement et le conseil départemental, tout comme la procuration bancaire d’un parent âgé à prévoir avant qu’il ne soit trop tard.

Ludovic