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Published 15 août 2026

Après un décès, que deviennent les comptes Google, les photos et les cryptomonnaies ?

Un proche disparaît, et avec lui des dizaines de comptes en ligne, des milliers de photos stockées dans le cloud, parfois un portefeuille de cryptomonnaies dont […]

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Un proche disparaît, et avec lui des dizaines de comptes en ligne, des milliers de photos stockées dans le cloud, parfois un portefeuille de cryptomonnaies dont personne ne connaît le mot de passe. Que faire de tout ce patrimoine numérique ? La question devient aussi fréquente que douloureuse, et la réponse dépend autant de la loi que des règles internes de chaque plateforme.

Patrimoine numérique : ce que dit la loi française

Le droit français distingue deux catégories bien différentes. D’un côté, les données personnelles du défunt (messages privés, historique de navigation, contenus intimes) restent protégées par le secret de la vie privée, même après la mort. De l’autre, les biens patrimoniaux à valeur économique (cryptomonnaies, comptes bancaires en ligne, droits d’auteur numériques) entrent dans la succession classique, reviennent aux héritiers et doivent être déclarés au notaire, ce qui peut inclure les frais de notaire sur une succession.

Données personnelles vs biens patrimoniaux

Cette distinction change tout dans les démarches. Un héritier ne peut pas exiger l’accès aux emails ou aux messages privés d’un défunt simplement parce qu’il hérite de son patrimoine : la CNIL rappelle régulièrement que la vie privée continue de s’appliquer, sauf disposition contraire laissée par la personne de son vivant. En revanche, les avoirs numériques ayant une valeur financière suivent les règles habituelles de la succession et doivent être déclarés au notaire.

Directives anticipées et contact légataire

La loi pour une République numérique de 2016 a introduit la possibilité de rédiger des directives anticipées concernant le sort de ses données après la mort : conservation, transmission à un tiers désigné, ou effacement des données. Sans consignes écrites, ce sont les héritiers qui décident, dans les limites fixées par chaque plateforme. C’est là qu’intervient le contact légataire, une fonctionnalité proposée par certains services permettant de désigner à l’avance une personne de confiance chargée de gérer le compte après le décès.

Que deviennent les comptes en ligne après un décès ?

Chaque plateforme applique sa propre politique, et les différences sont parfois surprenantes.

Réseaux sociaux : Facebook, Instagram, LinkedIn

Facebook et Instagram proposent la mise en mémoire du compte (profil commémoratif), à condition qu’un proche fournisse un certificat de décès. Le contact légataire désigné du vivant du défunt peut alors gérer certains aspects du profil, sans toutefois lire les messages privés. LinkedIn, de son côté, privilégie généralement la suppression pure et simple du compte sur demande de la famille.

Comptes Google, Apple, Microsoft

Google a mis en place le « gestionnaire de compte inactif », un outil qui permet de désigner à l’avance des contacts de confiance et de programmer le transfert automatique de certaines données (photos, emails, documents) après une période d’inactivité définie. Apple propose un dispositif comparable avec le contact légataire pour l’identifiant Apple, activable directement dans les réglages iCloud. Microsoft, plus restrictif, exige généralement une décision de justice pour transmettre l’accès à un compte.

Plateformes de stockage : photos et emails

Les photos stockées sur Google Photos, iCloud ou Dropbox suivent les mêmes logiques que les comptes principaux associés. Sans contact légataire désigné, la famille doit souvent apporter un acte de décès et parfois un jugement pour obtenir un export des fichiers, quand la plateforme accepte de coopérer.

PlateformeDispositif post-mortemAccès possible pour les héritiers
GoogleGestionnaire de compte inactifOui, si activé du vivant du défunt
AppleContact légataire iCloudOui, avec certificat de décès
Facebook / InstagramProfil commémoratif, contact légataireGestion partielle, pas les messages privés
MicrosoftAucun dispositif automatiqueSouvent nécessite une décision de justice

Comment les héritiers peuvent-ils accéder aux comptes ?

Documents officiels et formulaires de succession sur bureau

La première étape consiste à contacter chaque plateforme concernée en fournissant un acte de décès et, selon les cas, un acte de notoriété héréditaire (une démarche qui rappelle celle nécessaire pour comprendre pourquoi la banque bloque le compte après un décès). Certaines entreprises disposent de formulaires dédiés au signalement d’un décès, d’autres exigent un courrier postal en bonne et due forme. Le notaire chargé de la succession peut également intervenir pour formaliser la demande auprès des services concernés.

Les obstacles techniques : double authentification et mots de passe

Dans la pratique, les blocages viennent surtout de la technique plus que du droit. Une double authentification activée sur un téléphone que personne ne sait déverrouiller, des mots de passe jamais notés nulle part, un compte lié à un numéro résilié : autant d’obstacles qui rendent l’accès aux comptes en ligne quasiment impossible sans préparation préalable. Les plateformes elles-mêmes ne peuvent pas toujours contourner leurs propres systèmes de sécurité, même sur demande légitime d’un héritier.

Le cas particulier des cryptomonnaies et des clés privées

Les cryptomonnaies posent un problème différent, souvent plus radical. Contrairement à un compte bancaire classique ou à un coffre-fort du défunt que l’on peut faire ouvrir, aucun tiers de confiance ne détient les clés privées permettant d’accéder au portefeuille. Si le défunt n’a laissé aucune trace écrite de sa phrase de récupération, les fonds sont, dans les faits, irrécupérables, quel que soit le montant en jeu et quels que soient les droits successoraux des héritiers.

Le piège des clés privées perdues

Des estimations évoquent plusieurs millions de bitcoins définitivement perdus, faute de transmission des clés privées à un proche. Contrairement à un compte bancaire, aucune plateforme ni aucun juge ne peut restaurer l’accès à un portefeuille crypto sans la phrase de récupération.

Préparer son patrimoine numérique de son vivant

Document papier avec liste de comptes et mots de passe sécurisés

Face à ces blocages, anticiper reste la meilleure protection. Un testament numérique, distinct du testament classique, permet de lister ses comptes en ligne, ses préférences en matière d’effacement des données, et les personnes autorisées à y accéder. Certains gestionnaires de mots de passe intègrent désormais une fonction d’héritage numérique, permettant de transmettre un accès sécurisé à un proche désigné en cas de décès.

Activer le contact légataire chez Google et Apple, noter dans un lieu sûr les clés privées d’un portefeuille crypto, informer un proche de l’existence de ces dispositifs : ces quelques précautions évitent bien des situations bloquées. La succession numérique se prépare comme n’importe quel autre volet du patrimoine, avec la même rigueur qu’un testament classique.

En cas de litige avec une plateforme qui refuse de coopérer ou qui traite mal les données personnelles d’un défunt, les héritiers peuvent saisir la CNIL, garante du respect de la vie privée même après la mort. Cette voie de recours reste souvent méconnue, alors qu’elle permet parfois de débloquer des situations où le dialogue direct avec l’entreprise n’a rien donné.

Ludovic