Vous touchez ou vous vous apprêtez à demander une pension de réversion ? Sachez d’ailleurs que certaines veuves ne touchent jamais un euro de pension de réversion, faute d’avoir vérifié ces conditions. Votre situation conjugale pèse plus lourd que vous ne le pensez. Marié, divorcé, remarié : chaque statut ouvre ou ferme des portes différentes, et les règles ne sont pas les mêmes selon que vous dépendez du régime général, de l’Agirc-Arrco ou de la fonction publique.
Être marié : la condition sine qua non de la pension de réversion
Premier point à retenir : seul le mariage ouvre droit à la pension de réversion. Le PACS et le concubinage, aussi solides soient-ils, ne donnent aucun accès à ce dispositif. Un conjoint survivant pacsé ou en simple vie en couple ne pourra rien réclamer au décès du conjoint, contrairement à un époux ou une épouse.
Cette condition de mariage est vérifiée par la Cnav, la Carsat ou les caisses complémentaires au moment de la demande. Aucune durée minimale de mariage n’est exigée dans le régime général, mais certains régimes complémentaires ou spéciaux imposent parfois une durée d’union avant le décès. La règle de base reste simple : sans acte de mariage, pas de pension de réversion.
Divorce : vous conservez vos droits à la réversion
Voici la réponse qui rassure beaucoup de personnes divorcées : le divorce ne fait pas disparaître le droit à la pension de réversion. Un ex-conjoint divorcé, même remarié ensuite avec quelqu’un d’autre, garde ce droit tant que le mariage a bien été célébré et non annulé. Peu importe qui a demandé le divorce ou la durée depuis la rupture.
Ce qui compte, c’est la durée de mariage effective avec la personne décédée. Plus elle est longue, plus la part de pension attribuée à cet ex-conjoint sera importante, en comparaison des autres ayants droit éventuels.
Le partage entre plusieurs ex-conjoints : le calcul au prorata
Quand une personne décédée a été mariée plusieurs fois, la pension de réversion se divise entre le conjoint survivant et le ou les ex-conjoints divorcés non remariés avec elle. Le partage au prorata de la durée de chaque mariage détermine la part de chacun.
Prenons un exemple concret : un homme a été marié quinze ans avec sa première épouse, puis dix ans avec sa seconde. La pension de réversion sera répartie selon ces durées respectives, soit environ 60 % pour la première union et 40 % pour la seconde. Ce calcul s’applique automatiquement, sans que les ex-conjoints aient besoin de négocier entre eux.
Remariage : les règles divergent radicalement selon les régimes

C’est ici que la situation devient réellement complexe, car un remariage n’a pas du tout les mêmes conséquences selon la caisse qui verse la pension. Trois logiques coexistent en France, et les confondre coûte cher à certains bénéficiaires.
| Régime | Effet du remariage |
|---|---|
| Régime général (Cnav) | Aucun impact, la pension continue d’être versée |
| Agirc-Arrco | Perte définitive du droit à la pension de réversion |
| Fonction publique | Suspension des droits, réversible si la nouvelle union prend fin |
Régime général : le remariage n’affecte pas la pension
Bonne nouvelle pour les personnes qui refont leur vie : au régime général, se remarier, se pacser ou vivre en concubinage n’entraîne aucune suppression de la pension de réversion. Le taux de réversion reste fixé à 54 % de la retraite du conjoint décédé, quelle que soit la nouvelle union.
Agirc-Arrco : perte définitive en cas de remariage
À l’inverse, la caisse complémentaire Agirc-Arrco applique une règle beaucoup plus stricte. Un remariage entraîne la perte définitive de la pension de réversion versée par ce régime. Même si la nouvelle union se termine par un divorce ou un veuvage, les droits ne sont pas restaurés. Cette différence de traitement entre régime général et régime complémentaire surprend chaque année de nombreux conjoints survivants mal informés.
Fonction publique : suspension temporaire si vie en couple
Pour les fonctionnaires, la logique diffère encore. Un remariage, un Pacs ou une vie en couple stable entraîne une suspension des droits à la pension de réversion, et non une perte définitive. Si la nouvelle union prend fin (divorce, séparation, nouveau veuvage), la pension peut être rétablie sur simple déclaration à la caisse de retraite concernée.
L’incohérence qui piège le plus de monde
Un même remariage peut faire perdre la pension complémentaire Agirc-Arrco tout en laissant intacte la pension de base du régime général. Beaucoup de conjoints survivants découvrent cette différence trop tard, une fois la nouvelle union déjà officialisée.
Le plafond de ressources : l’autre variable qui change tout
Au-delà du statut matrimonial, le régime général impose un plafond de ressources annuel pour ouvrir droit à la pension de réversion. Ce plafond avoisine 24 000 euros par an pour une personne seule, et environ 38 000 euros pour un couple. Si les ressources du conjoint survivant dépassent ce seuil, la pension est réduite, voire refusée.
Ce plafond concerne uniquement le régime général : ni l’Agirc-Arrco ni la fonction publique n’appliquent de condition de ressources équivalente. Un conjoint survivant peut donc toucher une pension complémentaire pleine tout en voyant sa pension de base amputée à cause d’un revenu trop élevé.
Comment demander votre pension de réversion

La demande n’est jamais automatique : il faut la déposer soi-même auprès de chaque caisse concernée, régime de base et régime complémentaire séparément. Le site Info-retraite.fr permet de centraliser une partie des démarches et d’identifier les caisses à contacter selon le parcours professionnel du conjoint décédé.
Il faut fournir l’acte de mariage, l’acte de décès, un justificatif de ressources et, le cas échéant, les jugements de divorce si plusieurs mariages ont eu lieu. Mieux vaut rassembler ces documents rapidement, car la pension n’est versée qu’à partir du dépôt du dossier complet, sans effet rétroactif au-delà de quelques mois selon les régimes.
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