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Publié le 20 octobre 2026

Un faux RIB, 64 891 € d’héritage partis ailleurs, et un notaire condamné à rembourser l’héritier

Le dossier semble bouclé, la maison est vendue, et votre part de succession ne tombe toujours pas sur votre compte. Dans certains cas, l’argent ne l’atteindra […]

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Le dossier semble bouclé, la maison est vendue, et votre part de succession ne tombe toujours pas sur votre compte. Dans certains cas, l’argent ne l’atteindra jamais, parce qu’il a été envoyé vers un faux RIB. C’est ce qui est arrivé dans une affaire où 64 891 € d’héritage ont pris le mauvais chemin, et où un notaire a finalement été condamné à rembourser l’héritier.

Qui paie, dans ce genre de situation ? La réponse dépend d’abord d’une question : l’héritier a-t-il lui-même validé le virement, ou la somme a-t-elle été détournée après une demande qui paraissait régulière ? Dans le premier cas, on parle d’opération autorisée, dans le second d’opération non autorisée, et c’est cette distinction qui oriente la responsabilité. Aucune faute ne se présume : chaque dossier a ses circonstances, et seul le juge tranche un désaccord.

Faux RIB et héritage détourné : qui doit rembourser ?

Le prix de vente d’un bien successoral ou le solde des comptes du défunt ne passe pas directement de l’acheteur à l’héritier. Il transite par le compte de disponibilités du notaire, ouvert à la Caisse des dépôts et consignations, qui ne peut être débité que pour régler le dossier à l’origine du dépôt. Chaque virement sortant doit donc être rattaché à votre succession, et c’est précisément sur ce point que la fraude vient se loger.

Lorsqu’un virement part vers un compte qui n’appartient pas à l’héritier, la première question est de savoir si le notaire a respecté ses propres obligations avant de l’exécuter. Le notaire ne peut pas se contenter d’un numéro de compte reçu par courriel : il doit vérifier à qui il paie. Si cette vérification a été faite correctement, la responsabilité se déplace souvent vers d’autres acteurs, notamment la banque ou l’héritier lui-même.

Pourquoi le notaire exige un RIB signé et des justificatifs avant de virer

La demande peut paraître lourde après des mois d’attente : un relevé d’identité bancaire daté et signé, une copie de votre pièce d’identité, parfois des explications sur l’origine de certaines sommes. Ces exigences viennent des règles de lutte contre le blanchiment de capitaux (LCB-FT). Le notaire fait partie des professionnels assujettis, et il doit identifier son client puis vérifier ces éléments sur des documents probants.

Le RIB signé a une fonction très concrète. Aucun texte ne fixe sa forme précise, c’est une pratique de sécurité qui permet de rapprocher votre signature de celle figurant sur l’acte ou sur une procuration. Un notaire qui n’a pas pu faire ces vérifications n’exécute pas l’opération, le code monétaire et financier étant explicite sur ce point. Refuser de fournir ces pièces ne fait donc que retarder le virement, sans rien accélérer.

La responsabilité du notaire : prudence, anomalie apparente et vérification

Le notaire n’a pas à jouer les détectives, mais il doit remarquer ce qui saute aux yeux. Un titulaire de compte qui ne porte pas votre nom, un RIB modifié à la dernière minute ou une demande de virement qui s’écarte brusquement de ce qui était prévu dans l’acte sont des anomalies apparentes. Face à elles, le professionnel est tenu de procéder à un contrôle complémentaire avant de verser les fonds.

C’est sur ce terrain que se joue la responsabilité du notaire. Si l’anomalie était visible et qu’il ne l’a pas relevée, sa faute peut être retenue. C’est la logique suivie dans l’affaire des 64 891 €, qui a abouti à la condamnation du notaire à rembourser l’héritier. Pour autant, toute situation ne se ressemble pas : une anomalie que personne ne pouvait raisonnablement détecter n’engage pas la même responsabilité.

Le bon réflexe : confirmer le RIB par un autre canal

Avant d’envoyer vos coordonnées bancaires, appelez l’étude au numéro habituel, pas celui figurant dans un courriel reçu récemment. Un changement de RIB annoncé sans appel de confirmation est l’un des signaux les plus fréquents des fraudes.

Faute de l’héritier, banque et perte de chance : comment la somme se répartit

La responsabilité ne se répartit pas toujours entre le notaire et l’héritier seulement. Si vous avez transmis vos coordonnées par un moyen non sécurisé, ignoré un message inhabituel ou tardé à signaler une anomalie, le juge peut en tenir compte et réduire l’indemnisation. On parle alors de concours de responsabilité, qui peut impliquer la banque lorsque celle-ci a elle-même laissé passer une opération suspecte.

Il arrive aussi que le juge raisonne en perte de chance. Il ne s’agit pas toujours de rembourser intégralement la somme détournée, mais d’évaluer quelle chance l’héritier avait de récupérer ses fonds si le contrôle avait été mené correctement. Cette mesure dépend du dossier, et c’est pourquoi les avocats examinent en détail la chronologie des échanges.

Délais légitimes, plainte et rappel des fonds : comment obtenir sa part

Tout retard n’est pas anormal. Lorsque les fonds restent plus de trois mois sur le compte de disponibilités, le notaire doit les transférer sur un compte de dépôts obligatoires, toujours à la Caisse des dépôts. Des vérifications liées à la lutte contre le blanchiment peuvent aussi allonger le délai. Passé un certain temps sans explication ni justificatif, en revanche, le retard n’est plus justifié et il devient légitime de réagir.

Si le virement a déjà été effectué vers un faux RIB, il faut agir vite, car chaque jour compte pour tenter de bloquer ou de rappeler les fonds. Les étapes suivantes permettent de reprendre la main :

  1. Contacter immédiatement votre banque pour demander un rappel des fonds et signaler l’opération.
  2. Déposer plainte pour escroquerie, en conservant la trace de tous les messages reçus.
  3. Saisir le notaire par écrit, en demandant les justificatifs du virement et les vérifications effectuées.
  4. Si la réponse ne vient pas ou reste insatisfaisante, saisir la chambre des notaires, puis le tribunal judiciaire si nécessaire.

Ces démarches ne garantissent pas un résultat identique dans tous les cas. Elles permettent en revanche de constituer un dossier solide, qui fixera le cadre du débat devant le juge et qui décidera, au final, de qui doit supporter la perte.

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