Votre retraite de base pourrait-elle être figée dès 2 034 € par mois ? Selon une version de travail du budget de la Sécurité sociale révélée le 19 septembre, la réponse dépend de trois paliers. Sous environ 1 260 € par mois, la pension suivrait l’inflation, entre 1 260 € et 2 034 € elle progresserait moins vite que les prix, et au-delà de 2 034 € elle serait gelée. Le texte n’est pas voté, mais il dessine déjà la mécanique qui pourrait s’appliquer.
Les 3 paliers de la pension de base : inflation sous 1 260 €, hausse ralentie jusqu’à 2 034 €, gel au-delà
Le premier palier concerne les pensions situées sous environ 1 260 € par mois. Dans ce cas, la pension de base suivrait l’inflation, comme la règle habituelle le prévoit. Le deuxième palier, entre 1 260 € et 2 034 €, prévoit une hausse « à un rythme moins soutenu que l’inflation », sans taux chiffré à ce stade. Le troisième, à partir de 2 034 € par mois, correspond à un gel de la pension de base.
Le texte reste flou sur plusieurs points. Il ne précise ni la base de calcul du seuil de 1 260 €, ni si le montant de 2 034 € est exprimé en brut ou en net. Aucun lissage n’est annoncé : à quelques euros près, une pension peut donc passer de la hausse au gel.
Pourquoi le seuil de 2 034 € porte sur le total des pensions, mais ne gèle que la base
Le seuil se calculerait sur l’ensemble de vos pensions, complémentaires comprises. Pourtant, seule la pension de base serait gelée. Les complémentaires Agirc-Arrco, fixées par les syndicats et le patronat, ne sont pas gelées par la loi : elles suivent leur propre calendrier, avec une revalorisation prévue au 1er novembre.
Lors des premiers débats, le montant de 2 034 € restait inconnu, alors que le ministre de l’Économie, Roland Lescure, évoquait déjà un seuil autour de 2 000 € le 21 septembre. Ce décalage rappelle que le seuil exact dépend encore des arbitrages à venir.
Gel ne veut pas dire baisse : combien perd une retraitée à 2 200 € nets par mois
Le texte ne prévoit pas de baisse de la pension brute en euros, c’est-à-dire avant prélèvements sociaux. Un gel la laisse au même montant, mais la hausse des prix n’est plus compensée, et c’est là que se joue le pouvoir d’achat. Roland Lescure l’a reconnu publiquement : un gel signifie que les pensions n’augmentent pas autant que l’inflation.
La règle normale figure à l’article L161-25 du Code de la sécurité sociale : chaque 1er janvier, la retraite de base suit la moyenne des prix hors tabac sur 12 mois, et le coefficient ne peut pas être inférieur à un. Le gel déroge donc à cette règle par la loi de financement de la Sécurité sociale. La pension de base avait progressé de 0,9 % au 1er janvier dernier (voir les changements des pensions en 2026), l’Assemblée ayant retiré le gel prévu, et l’Insee mesurait une hausse des prix hors tabac de 2,3 % sur un an en août dernier.
Idée reçue : un gel fait baisser la pension
Pas en euros bruts. Le gel conserve le montant brut, la sous-indexation l’augmente moins vite que l’inflation, et une baisse nominale est justement ce que la règle normale interdit. Ce qui se perd réellement, c’est le pouvoir d’achat.
Martine, 68 ans, ancienne comptable, est un cas fictif construit pour ce calcul. Elle touche 2 200 € nets de retraite par mois, dont 1 400 € de pension de base et 800 € d’Agirc-Arrco. Son total dépasse 2 034 € en brut comme en net, sa base serait donc gelée si le texte passait tel quel.
Avec une inflation supposée de 2 %, sa base indexée passerait à 1 428 €. Gelée, elle resterait à 1 400 €, comme le montre le tableau ci-dessous.
| Scénario | Base mensuelle | Manque à gagner sur l’année |
|---|---|---|
| Base indexée sur une inflation de 2 % | 1 428 € | 0 € |
| Base gelée | 1 400 € | 336 € |
Le manque à gagner tient à 28 € par mois, soit 336 € sur l’année. L’écart se reporte ensuite sur les années suivantes, car chaque revalorisation repart d’une base plus basse.
Le second levier : le rabot de l’abattement fiscal de 10 %, chiffré à 1,4 milliard d’euros
Ce second levier ne touche pas la pension brute, mais l’impôt. L’abattement de 10 % réduit les pensions déclarées avant le calcul de l’impôt, dans la limite de 4 439 € par foyer. Un rabot de cet abattement alourdirait donc le revenu imposable, et parfois la CSG avec.
Seul ce rabot est chiffré à 1,4 milliard d’euros, selon une source de l’exécutif. Martine n’est pas concernée par le plafond, puisqu’elle déclare environ 27 500 € de pensions par an, sous le seuil de 30 000 €.
Moins de 6 milliards d’euros demandés aux retraités : un texte de travail, rien n’est voté
Sébastien Lecornu a fixé le cadre dans un entretien du 17 septembre, au cœur des débats politiques sur le budget 2027. Sur un effort global d’environ 54 milliards d’euros pour l’an prochain, celui des retraités serait « inférieur à 6 milliards d’euros ». Le Premier ministre renvoie le choix au Parlement et promet qu’« aucune pension ne diminuera », un engagement politique et non une garantie légale.
Ce plafond vaut pour l’ensemble des leviers. David Amiel a chiffré le coût d’une indexation de toutes les pensions sur l’inflation à « plus de 6 milliards d’euros l’an prochain ». Bercy parle de « mesures d’accroche pour le débat parlementaire », et Roland Lescure y voit un « point de départ ».
Selon le calendrier annoncé, le texte devait être examiné en Conseil des ministres le 1er octobre, les débats sur les recettes de l’État devaient commencer le 12 octobre, puis le volet Sécurité sociale suivre à partir du 20 octobre. Il faut donc lire ces seuils comme une version de travail, susceptible de changer d’ici le vote. Pour votre situation, le plus sûr reste de suivre les textes officiels au fil des débats parlementaires.
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