Les copies budgétaires présentées le 1er octobre par Sébastien Lecornu font peser une part lourde de l’effort sur les ménages, et les retraités figurent parmi les plus exposés. Selon une simulation de l’économiste Pierre Madec, rattaché à l’Institut français d’économie (IFE), près de 60 % de l’effort demandé aux ménages pourrait retomber sur les retraités, soit environ 5,2 milliards d’euros. Il s’agit donc d’une estimation d’économiste et non d’un chiffrage officiel du gouvernement.
Les retraités supporteraient près de 60 % de l’effort : 5,2 milliards d’euros
Pour arriver à ce résultat, Pierre Madec a retenu les principales mesures qui touchent directement le revenu des ménages : la sous-indexation des pensions, le plafonnement de l’abattement de 10 % sur les pensions, le gel du point d’indice de la fonction publique, la non-revalorisation de la prime d’activité et des allocations familiales, ainsi que le gel des aides au logement et le recentrage de l’allocation de rentrée scolaire. L’ensemble de ces dispositifs réduirait le revenu disponible des ménages, c’est-à-dire ce qui reste pour consommer et épargner une fois les impôts directs payés, de 8,7 milliards d’euros en 2027.
Dans cette répartition, la part des retraités ressort nettement au-dessus des autres catégories. Le Premier ministre met particulièrement à contribution cette population, à travers deux leviers distincts : l’un inscrit dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), l’autre dans le budget de l’État.
La sous-indexation des pensions : 9,6 millions de ménages retraités touchés
La sous-indexation est la mesure qui pèse le plus lourd. Elle concernerait 9,6 millions de ménages retraités, qui perdraient en moyenne 430 euros par an. Pour les finances publiques, l’économie attendue atteindrait 4,1 milliards d’euros.
Le mécanisme consiste à revaloriser les pensions moins vite que l’inflation. Chaque année, l’écart se creuse un peu plus, si bien que la perte finit par peser sur le pouvoir d’achat bien au-delà de la première année.
Le plafonnement de l’abattement de 10 % : l’autre mesure qui pèse sur les retraités
Le second levier concerne l’abattement de 10 % appliqué aux pensions pour le calcul de l’impôt sur le revenu. Son plafonnement, prévu dans le budget de l’État, complète la sous-indexation et renforce l’effort demandé aux retraités, comme le montre le détail de l’abattement des pensions rogné en 2027. Les sources consultées ne détaillent pas le montant de cette mesure isolée, qui reste donc à évaluer à partir des textes budgétaires eux-mêmes.
Qui est protégé ? Le seuil de 1 260 euros par mois et les retraités aisés
Les retraités modestes ne sont pas concernés de la même façon. Le seuil de revalorisation sur l’inflation, fixé à 1 260 euros par mois, protège en effet les plus petites pensions. À l’autre bout de l’échelle, les 5 % de retraités aisés, peu dépendants de leur retraite de base de la Sécurité sociale, ne sont touchés qu’à la marge.
Un effort global de 8,7 milliards d’euros : trois ménages sur quatre perdants
Au-delà des retraités, la simulation montre l’ampleur de l’effet sur l’ensemble des foyers. Au total, 22,4 millions de ménages, soit trois sur quatre, seraient perdants, pour une perte moyenne de 390 euros par an. Le total de 8,7 milliards d’euros englobe donc les retraités, mais aussi les actifs touchés par le gel des prestations et des aides au logement.
1 260 euros par mois : le seuil qui protège les plus modestes
Tant que la pension reste sous ce plafond, la revalorisation suit l’inflation. Au-delà, la sous-indexation s’applique et l’écart avec le coût de la vie s’accumule chaque année.
Le débat parlementaire se poursuit à l’Assemblée nationale dans le cadre du projet de loi de finances, avec en toile de fond le risque de 500 000 foyers imposables si le budget échoue. Les chiffres de Pierre Madec donnent une première mesure de la répartition de l’effort, et leur évolution dépendra des arbitrages qui seront rendus d’ici la version définitive du texte.
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