Une proposition de loi déposée à l’Assemblée nationale à la mi-septembre 2025 veut remodeler la pension de réversion. Le taux pourrait devenir unique, entre 50 % et 60 %, l’âge d’accès serait fixé à 55 ans et les partenaires pacsés, voire les concubins, pourraient y accéder. Pour une veuve du privé, la question est simple : combien touchera-t-elle, et de combien son revenu pourrait-il baisser ?
La réponse courte tient en un mot : cela dépend du taux retenu. Fixé à 50 %, le taux unique réduirait la pension de ceux qui perçoivent aujourd’hui davantage. Fixé à 60 %, il l’augmenterait. Sur une pension de base de 2 000 €, l’écart entre les deux hypothèses atteint 200 € par mois. Ce calcul est une illustration, pas une prévision, et il ne tient compte ni des plafonds ni des autres paramètres de votre dossier.
| Pension de base du défunt | Taux de 50 % | Taux de 60 % |
|---|---|---|
| 2 000 € | 1 000 € | 1 200 € |
Réversion 2026 : ce que propose la réforme (taux unique, 55 ans, pacsés)
Le texte porte sur la fonction publique, mais il pourrait s’étendre bien au-delà. Il est soutenu par une trentaine d’élus de tous horizons politiques, et la proposition est portée par le député Julien Dive. Le Conseil d’orientation des retraites (COR) recommande lui aussi d’aller dans ce sens, en estimant que le PACS occupe désormais une place centrale dans la vie conjugale française.
Concrètement, plusieurs mesures sont sur la table :
- une attribution automatique, sans demande explicite de la part du conjoint survivant ;
- un taux unique compris entre 50 % et 60 %, quel que soit le régime ;
- un âge minimum harmonisé à 55 ans pour tous, ou sa suppression ;
- la suppression de la condition de non-remariage, qui fait perdre la pension dans de nombreux régimes aujourd’hui.
Il faut garder à l’esprit que ces mesures ne sont pas votées. Elles constituent des pistes de travail, et leur forme finale dépendra des débats parlementaires.
Qui pourrait perdre de l’argent et combien ? Taux unique, plafonds et mariages courts
Les gagnants et les perdants dépendent surtout du taux qui sera choisi. Un taux unique met fin aux différences entre régimes, ce qui profite à certains bénéficiaires et pénalise d’autres. Pour certains, c’est un manque à gagner. Pour d’autres, c’est au contraire un avantage.
Les plafonds de ressources comptent autant. La réforme envisage soit d’harmoniser tous ces plafonds, soit de les supprimer. Dans le second cas, les ménages aux revenus moyens ou élevés pourraient accéder à la pension, alors qu’ils en sont exclus aujourd’hui. Dans le premier cas, certains dossiers seraient en revanche plus étroitement surveillés.
Les mariages courts risquent aussi de payer le prix de la réforme. Une piste évoque un calcul tenant compte de la durée de l’union et des cotisations du défunt. Une union de quelques années offrirait alors une pension plus faible qu’une longue vie commune, et les conjoints aux revenus élevés pourraient eux aussi voir leur droit diminuer.
Plafonds 2025 : le seuil qui décide dans le régime général
Dans les régimes de base (CNAV, MSA et CNAVPL), les revenus du conjoint survivant sont vérifiés. En 2025, le plafond s’élève à 24 710,40 € par an pour une personne seule et à 39 536,64 € pour un couple.
Pacsés et concubins : qui pourrait enfin toucher la réversion, et à quelles conditions ?
Aujourd’hui, seuls les conjoints mariés peuvent prétendre à la pension de réversion. Les pacsés n’y ont pas droit, et les concubins restent totalement en dehors du dispositif, quelle que soit la durée de leur vie commune. Pourtant, le PACS progresse fortement : près de 204 000 unions de ce type ont été signées en 2023, un chiffre presque équivalent à celui des mariages.
L’ouverture aux pacsés et aux concubins ne serait pas automatique. Plusieurs conditions restent à définir, notamment une durée minimale de vie commune, une déclaration fiscale conjointe et la présence d’enfants à charge. Ces critères détermineront qui pourra réellement bénéficier de la mesure, et ils feront sans doute l’objet de nombreux débats.
Pour le COR, la solidarité conjugale doit s’étendre à tous, quelle que soit la forme d’union choisie. L’argument de la justice sociale est également mis en avant, car les femmes sont plus souvent pénalisées par les ruptures de carrière ou par des pensions personnelles plus faibles.
Veuves du privé : régime général et complémentaire Agirc-Arrco, ce qui change
Pour les veuves du privé, la situation est différente de celle de la fonction publique. Dans le régime général, la pension de réversion est soumise à une condition de ressources. Si la réforme harmonise ou supprime ces plafonds, le montant versé à une veuve dont les revenus dépassent aujourd’hui le seuil pourrait changer, dans un sens ou dans l’autre.
La retraite complémentaire Agirc-Arrco fonctionne autrement, puisqu’elle n’applique aucune condition de ressources (voir la revalorisation de la complémentaire Agirc-Arrco). Un taux unique pourrait toutefois modifier le montant versé au titre de ce régime, et la veuve qui touche aujourd’hui une pension complémentaire élevée serait la plus exposée à une baisse. C’est pour cette raison que les spécialistes parlent de risque d’ajustements à la baisse pour certains profils de veufs du privé.
Le point de vigilance reste la demande. Selon les chiffres de l’Assurance retraite publiés pour 2024, près de 1 veuf sur 10 ne demande pas sa pension de réversion, souvent par manque d’information ou parce que les démarches paraissent trop complexes. Avec une attribution automatique, cette difficulté disparaîtrait, mais seulement si la réforme aboutit.
Réforme encore en discussion : calendrier, incertitudes et démarches à anticiper
Il n’existe aujourd’hui aucun calendrier arrêté. Le texte a été déposé, il fait l’objet de discussions, et son adoption dépendra du soutien qu’il obtiendra au Parlement. Il serait donc prématuré de considérer que la réversion sera modifiée au 1er janvier, ou à une autre date précise.
Même si la loi est votée, les pensions déjà attribuées resteraient soumises à l’ancien régime, sans recalcul rétroactif. Les pensions d’orphelin ne sont pas concernées, et la pension de réversion reste imposable à l’impôt sur le revenu. Les ex-conjoints mariés continuent de bénéficier d’une part de la pension, à condition de ne pas s’être remariés, tandis que les ex-partenaires de PACS ou de concubinage n’ont encore aucun droit.
En attendant, quelques réflexes sont utiles. Rassemblez les documents d’état civil, comme l’acte de décès et le livret de famille, et conservez les justificatifs de votre vie commune. Si vous êtes concerné, vérifiez votre situation auprès de votre caisse de retraite, qui pourra vous indiquer vos droits selon votre régime.
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