Mains agees repoussant une enveloppe sur table en bois
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13 octobre 2026
Published 13 octobre 2026

6 200 milliards vont changer de mains, et peut-être le vôtre

Près de 6 200 milliards d’euros pourraient changer de mains en France entre 2025 et 2040. Le chiffre donne le vertige et alimente une inquiétude bien […]

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Près de 6 200 milliards d’euros pourraient changer de mains en France entre 2025 et 2040. Le chiffre donne le vertige et alimente une inquiétude bien réelle : faut-il s’attendre à une vague d’impôts pour les familles ? La réponse passe d’abord par un fait que l’on oublie souvent, à savoir que la majorité des successions ne déclenche aucun droit. Reste à savoir si la vôtre fait partie de l’exception.

Pourquoi plus de 60 % des successions ne paient-elles aucun droit ?

Plus de 60 % des successions ne génèrent aucun droit, et deux éléments expliquent ce résultat. Le premier est l’abattement, c’est-à-dire la part de patrimoine qu’un héritier peut recevoir sans être taxé. Le second est le lien de parenté avec la personne décédée : plus il est proche, plus l’abattement est généreux. Le conjoint ou le partenaire de PACS est pour sa part exonéré, ce qui pèse lourd dans ce total.

Concrètement, la question « suis-je concerné ? » se joue sur deux points : le montant transmis et la relation entre l’héritier et le défunt. Un repère simple consiste à comparer la part reçue par chaque héritier avec l’abattement correspondant à son lien de parenté, comme le détaille l’article sur les abattements fiscaux sur les donations en 2026. Tant qu’elle reste en dessous, aucun droit n’est dû. Au-delà, le calcul devient plus technique, notamment lorsque le patrimoine comprend un logement dont la valeur a fortement progressé.

Qu’est-ce que la « grande transmission » et combien pèse-t-elle ?

Le Conseil supérieur du notariat (CSN) désigne ainsi le transfert massif de patrimoine entre générations que provoque le vieillissement des baby-boomers. Trois facteurs se cumulent : le nombre annuel de décès augmente depuis 2010, la part des plus de 75 ans progresse fortement et la charge de la dépendance pèse de plus en plus sur les familles. Ce mouvement devrait se poursuivre bien au-delà de 2040.

Pour chiffrer l’ampleur du phénomène, le CSN s’est appuyé sur une enquête menée auprès de 1 270 notaires, soit 17,1 % des offices français, en croisant ses données avec celles de l’INSEE et de la DGFiP. Le résultat central est de 6 200 milliards d’euros susceptibles d’être transmis entre 2025 et 2040. Ce montant ne doit pas être confondu avec le chiffre de 9 000 milliards qui circule dans d’autres publications : c’est l’estimation du CSN, établie sur cette période précise, qu’il faut retenir.

Donations anticipées : pourquoi il vaut mieux anticiper

La transmission ne se joue pas uniquement au moment du décès. Elle se prépare souvent des années à l’avance, grâce aux donations du vivant. L’outil le plus connu est la donation-partage, qui permet de répartir ses biens entre héritiers de son vivant tout en figeant leur valeur au jour de l’acte. Si les prix de l’immobilier grimpent ensuite, l’avantage fiscal peut devenir considérable.

Le principal frein tient aux délais. Depuis la loi de finances du 16 août 2012, il faut attendre 15 ans entre deux donations pour reconstituer l’abattement de 100 000 euros par donataire. Cet intervalle limite fortement la possibilité de transmettre progressivement, si bien que peu de personnes parviennent à réaliser plus d’une ou deux donations au cours de leur vie.

Avant 61 ans, l’usufruit se valorise nettement mieux

Selon les notaires, la valeur de l’usufruit retenue lors d’une donation est bien plus favorable avant 61 ans. Passé ce cap, la marge de manœuvre se réduit, d’autant que l’intervalle de 15 ans entre deux donations limite déjà les options.

Selon la récente enquête du CSN, l’âge moyen de la première démarche en vue d’une donation anticipée est de 64 ans et 3 mois. Pour les notaires, c’est tard, car à cet âge il ne reste guère de place pour une seconde donation. Les montants varient aussi fortement selon les territoires, comme le montre le tableau suivant.

Zone Montant moyen de la première donation anticipée
Niveau national 286 000 euros
Paris 391 320 euros
Grandes études parisiennes Plus de 668 000 euros

Malgré ces outils, seulement 20 % des notaires estiment que leurs clients anticipent suffisamment, et 28,8 % jugent cette anticipation nettement insuffisante. Le problème n’est donc pas tant l’absence de solutions que le moment où l’on décide de s’en saisir.

La grande transmission est-elle une manne fiscale pour l’État ?

L’image d’un trésor fiscal qui attend les héritiers ne résiste pas vraiment aux chiffres. La fiscalité successorale représente moins de 4,5 % des recettes de l’État. Cela ne signifie pas que ces prélèvements soient négligeables : les mutations à titre gratuit, donations et successions confondues, ont rapporté 15,8 milliards d’euros à l’État via le notariat en 2025, soit 24 % de plus qu’en 2019.

Les notaires, qui établissent plus de 95 % des déclarations de succession en France, observent surtout un sentiment de ras-le-bol fiscal chez leurs clients. Sur les 17 500 notaires du pays et leurs collaborateurs, qui traitent chaque année plus de 400 000 dossiers, 94,6 % constatent ce malaise en 2026. Le sujet touche donc moins au rendement de l’impôt qu’à la façon dont les familles le vivent.

Quelles solutions pour anticiper sa propre transmission ?

Anticiper ne signifie pas tout donner tout de suite. Plusieurs outils peuvent se combiner selon la situation familiale et la nature du patrimoine, et une planification bien conduite, avec un notaire ou un conseiller en gestion de patrimoine, permet de les articuler. Les principaux sont les suivants :

  • la donation-partage, pour figer la valeur des biens et répartir son patrimoine entre héritiers ;
  • le démembrement de propriété, qui sépare la nue-propriété de l’usufruit ;
  • le pacte successoral, pour organiser la transmission à l’avance ;
  • l’assurance-vie, utile pour transmettre un capital à des bénéficiaires désignés (fiscalité de l’assurance-vie après 70 ans).

Le bon réflexe consiste à faire le point avant que les options ne se réduisent avec l’âge. Un premier rendez-vous chez le notaire permet souvent de mesurer la part de l’immobilier dans son patrimoine, d’identifier les seuils qui pourraient concerner ses héritiers et de décider du moment où une donation a du sens.

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