Elle part à la retraite à 67 ans, et son départ s’accompagne d’un geste rare. Marialuisa Ferramosca, qui dirige le Suem118 à Trévise, en Italie, a décidé de ne pas garder pour elle ses 142 jours de congés, soit près de cinq mois de repos.
Ces jours seront versés à un fonds de solidarité au profit de ses collègues en difficulté. Le geste intrigue d’autant plus que sa carrière a été faite de crises successives.
Un don de 142 jours de congés versé à un fonds de solidarité pour ses collègues
Les 142 jours de congés représentent près de cinq mois de vacances, que la médecin ne prendra pas pour elle. Ils seront versés à un fonds de solidarité destiné aux collègues qui traversent une période difficile. Ce fonds peut ainsi aider quelqu’un qui doit rester auprès d’un enfant malade, ou faire face à une situation du même genre.
Le choix de Marialuisa Ferramosca montre qu’un capital de jours de repos non utilisés peut servir à soutenir ceux qui doivent s’absenter. Elle transforme sa dernière période d’activité en soutien concret pour l’équipe qu’elle quitte.
Qui est Marialuisa Ferramosca, la médecin qui offre ses congés
Sa vocation remonte à l’école primaire. En CM2, un cours sur le corps humain, commençant par le squelette, lui a fait découvrir « Un tout nouveau monde s’est ouvert à moi ».
Spécialisée en chirurgie, en anesthésie et en soins intensifs, elle est entrée à l’hôpital Ca’ Foncello en 1988, d’abord comme chirurgienne aux urgences. Elle rejoint le Suem118 en 1999, puis en prend la direction en mars 2020, au moment où la pandémie de Covid bouleverse le pays.
Une carrière jalonnée de catastrophes, de ButanGas au Covid
Son parcours ressemble à une longue liste de drames qui ont marqué la région. Parmi les épisodes qu’elle a vécus en première ligne :
- l’explosion de ButanGas, en 1996 ;
- l’incendie De Longhi, en 2007 ;
- la pandémie de Covid, pendant laquelle le Suem a reçu plus de 500 appels par jour ;
- le bus tombé d’un pont à Mestre, en 2023.
Pour ButanGas, elle se souvient que « dès la quatrième intervention, nous nous précipitions aux urgences pour soigner les blessés ». Pour De Longhi, l’équipe est partie avant même d’être appelée, après avoir aperçu la colonne de fumée depuis le terrain où elle s’entraînait. Heureusement, aucun blessé n’a été à déplorer.
Les grandes catastrophes ne racontent pas tout. Elle garde aussi en mémoire les opérations de sauvetage plus ordinaires, et les familles qui les vivent : « Les visages et les regards des familles restent gravés dans nos cœurs. » Le deuil reste, selon elle, la partie la plus difficile : « C’est la partie la plus émouvante et la plus déchirante ».
Une reconnaissance saluée par l’Agence régionale de santé
Le geste n’est pas passé inaperçu. Giancarlo Bizzarri, directeur général de l’Agence régionale de santé, a salué « le professionnalisme, le dévouement et l’humanité exceptionnels » dont elle a fait preuve dans la gestion des situations d’urgence complexes. Il a aussi remercié pour les nombreux jours de congé offerts au fonds, en lui souhaitant le meilleur.
Avant de partir, Marialuisa Ferramosca a tenu à remercier ceux qui l’ont accompagnée : « Aujourd’hui, je remercie chacun d’entre vous pour cette merveilleuse et extrêmement enrichissante aventure professionnelle. »
Le don de jours de congés, une pratique qui existe aussi en France
En France, le don de jours de repos existe déjà, encadré par le Code du travail. Un salarié peut renoncer, sans contrepartie, à une partie de ses jours de repos non pris au profit d’un collègue qui assume la charge d’un enfant gravement malade. Les jours concernés sont notamment les RTT et les congés payés au-delà de quatre semaines.
Qui peut recevoir des jours donnés en France
Le bénéficiaire doit être un salarié qui assume la charge d’un enfant de moins de 20 ans, atteint d’une maladie, d’un accident ou d’un handicap d’une particulière gravité. Le dispositif est donc réservé à ce cas précis, alors que le fonds dont parle cette médecin italienne vise plus largement les collègues dans le besoin.
Le geste de Marialuisa Ferramosca ne relève donc pas de ce cadre légal, mais d’un fonds interne à son organisation. Le plus sûr, pour un salarié français, reste de se renseigner auprès du service des ressources humaines, car les modalités dépendent de l’entreprise et de la convention collective.
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